Pourquoi mon enfant ne tient pas en place ?

Camille Besson

2/18/20263 min read

Mother and daughter dancing together in living room.
Mother and daughter dancing together in living room.

Qui n'a pas déjà dit ou entendu ces phrases : "Arrête de te balancer", "pose ton stylo", "ne dessine pas sur ta feuille", "reste en place". Comme si l'immobilité était la norme et le mouvement une anomalie.

Cela ne vous viendrait pas à l'esprit d'apprendre à danser sans jamais vous lever de votre chaise ? Alors pourquoi demandons-nous aux enfants et aux adultes de rester immobiles lorsqu'ils apprennent une nouvelle compétence ?

Nous ne sommes pas faits pour être immobiles

Le corps humain est conçu pour le mouvement. Marcher, courir, manipuler, explorer : ce sont des fonctions biologiques fondamentales. Pendant des milliers d’années, apprendre signifiait agir. Observer un adulte fabriquer un outil, manipuler la matière, essayer, recommencer. Le cerveau s’est développé en interaction constante avec le corps.

Or, aujourd’hui, nous demandons très tôt aux enfants de rester assis longtemps, silencieux, concentrés, dans un environnement qui privilégie l’immobilité.

L'inhibition : une capacité en construction

Il est important de rappeler que le cortex préfrontal, zone du cerveau responsable de la planification, du contrôle des pensées et des comportements, ainsi que de l’inhibition, se développe progressivement durant l’enfance et l’adolescence. Il n’atteint sa maturité complète qu’après 20 ans.

Autrement dit : demander à un enfant de 6 ans le même niveau d’autocontrôle qu’un adulte est biologiquement irréaliste.

L’inhibition — la capacité à retenir une impulsion, à rester immobile, à différer une action — est une compétence qui s’apprend et se consolide avec le temps.

Dans le monde professionnel, cette capacité est fortement valorisée : rester concentré en réunion, ne pas interrompre, maîtriser ses réactions. Mais un enfant n’est pas un salarié miniature. Son cerveau est encore en construction. Espérer qu'il se concentre pendant des heures en restant assis sur sa chaise (et qu'il apprenne tout ce qui lui est proposé en classe) est une utopie.

Le corps : un outil fondamental d'apprentissage

Nous avons parfois tendance à opposer corps et intellect. Pourtant, le corps est un formidable levier cognitif :

  • Compter avec ses doigts aide réellement à structurer le calcul.

  • Tourner sur soi-même peut aider à comprendre la rotation des planètes

  • Courir permet d’expérimenter l’inertie.

  • Contracter ses muscles rend l’anatomie concrète.

Les neurosciences montrent que l’apprentissage est d’autant plus solide qu’il engage plusieurs canaux sensoriels et moteurs. Le mouvement renforce l’ancrage mémoriel.

Un enfant qui bouge pendant qu’il apprend n’est pas forcément distrait. Il est parfois en train d’intégrer.

Le risque d'un malentendu

Lorsque nous interprétons systématiquement le mouvement comme un trouble, nous envoyons un message implicite : « Ton corps est un problème. ». Or, le corps est le premier support de la connaissance de soi.

Apprendre à canaliser son énergie est une compétence précieuse. Mais apprendre à écouter son corps l’est tout autant.

Autorisons le mouvement

Autoriser un enfant à bouger ne signifie pas renoncer au cadre. Cela signifie adapter le cadre au développement cérébral et aux besoins physiologiques.

Cela peut passer par : des pauses actives, des apprentissages en mouvement, la manipulation concrète ou la tolérance envers certains micro-mouvements.

L’objectif n’est pas de supprimer l’inhibition, c’est de la construire progressivement.

Conclusion : Nos enfants ne sont pas « trop » énergiques. Ils sont en train de grandir. Le mouvement n’est pas l’ennemi de l’apprentissage. Il en est souvent le moteur. Autorisons-les à bouger pour comprendre.

Dans mon approche, j'ai choisi d'intégrer l'aspect corporel, en plus de l'aspect psychologique. Je suis une psychologue qui est convaincue que, malgré la séparation que l'on fait entre corps et esprit dans le langage courant, il est nécessaire de les penser ensemble, imbriqués et complémentaires.

Dans mon accompagnement, je laisse la place au corps de s'exprimer, pour servir la connaissance de soi, la régulation des émotions, du stress et pour laisser l'enfant développer ses forces et ses motivations.